Aire de dialogues - Pr Michel Sempé

17. Présentation des droits de la femme

 

Maintenant l’ombre. La belle Pompadour n’en a sans doute jamais eu conscience, elle a rendu un fort mauvais service à son genre en jetant pour longtemps l’opprobre sur un domaine particulier : le rapport au pouvoir.   …  bas de page 451.

Les femmes font et défont les carrières, mais ce sont toujours les hommes qui en ont les bénéfices. On admire toujours les œuvres de ceux qu’elles recevaient. Qui se souvient des livres qu’elles aussi ont pu écrire ? Ou plutôt de ceux que les mentalités du temps les empêchèrent d’écrire.   …   bas de page 452.

La marquise fit et défit les carrières de tel ou tel ministre, influa sur la politique étrangère, contrôla la politique tout court, représenta si bien le règne qu’on finit dans l’opinion du temps et la mémoire qu’on en garde par lui faire porter la responsabilité de ses pires défauts. Cette femme eut effectivement beaucoup d’influence auprès d’un très mauvais monarque. On en arriva à tordre le raisonnement pour en arriver à ce sophisme : voyez à quoi le pouvoir est conduit quand il est sous l’influence d’une femme.   …   bas de page 453.

Et après ? En quoi toutes les femmes devraient payer pour deux exemples ? L’injustice du raisonnement tient bien sûr à ce qu’on fait porter les défauts de deux individus à un genre tout entier.   …

… les aristocrates bornés qui formaient la Cour au temps de Louis XVI étaient encore plus acharnés que la reine à faire barrage au changement : tous étaient des hommes. Personne n’en a jamais déduit qu’il aurait donc été raisonnable d’écarter à jamais le genre masculin d’un pouvoir dont tout montre qu’il est incapable de le gérer.   …

… leurs exemples serviront beaucoup pour le justifier au passage. 1789 veut rompre en tout point avec tous les vices qui ont conduit la France à sa perte : le gouvernement des femmes est de ceux-là. Pour ne plus jamais revoir de Pompadour, faisons simple : renvoyons toutes les femmes « aux devoirs de leur sexe », la cuisine et les enfants jusqu’à la fin des temps.    page 455.

Aurait-on regardé au-delà de nos frontières, on aurait pu s’apercevoir pourtant du nombre impressionnant de femmes d’État que compta ce siècle.   …

On se garde bien également, à l’époque, d’étudier la solution proposée par certaines femmes pour faire sortir leurs sœurs du piège où les enferment ces rôles de favorite ou de « femme d’influence ».

Dramaturge, essayiste, Olympe de Gouges écrit au début de la Révolution une « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne » qui demande une chose simple : l’égalité des droits politiques et sociaux pour les deux sexes. Elle meurt sur l’échafaud, son idée est enterrée avec elle, sous le mépris et les railleries. page 456.

Nos ancêtres les Gaulois et autres fadaises. L’Histoire de France sans les clichés.

François Reynaert.

Le Livre de Poche. Librairie Arthème Fayard, 2010. 687 pages.