Aire de dialogues - Pr Michel Sempé

23. L’épigénétique, une hérédité sans ADN

 

Article : Le Monde, samedi 14 avril 2012,  Science & Techno.

L’épigénétique, une hérédité sans ADN

Commentaire sur les propos recueillis par Florence Rosier.

 

La génétique et l’épigénétique étant à la pointe du progrès des sciences de la médecine, on peut être étonné que Michel Morange et Vincent Colot de l’École Normale Supérieure fassent référence à ce que Lamarck a écrit il y a deux siècles et qui a été tant décrié depuis au point d’être devenu un sujet  tabou.

Les propositions de Lamarck rédigées sous forme de lois réellement naturelles, résultent de ses observations et pas seulement  « d’intuitions ». Il est totalement injuste d’associer son nom, donc Lamarck lui-même, aux dérives, au néolamarckisme et à Lyssenko. Dans ce dernier cas, quelle responsabilité peut-il avoir dans le comportement stalinien d’un botaniste soviétique ?

Fréquemment, sont attribués à Lamarck des principes largement admis bien longtemps avant lui - cas de l’hérédité des caractères acquis -  et d’autres auxquels il s’est fortement opposé comme l’influence de l’environnement présentée dans l’article. Remarquablement les meilleures réfutations des critiques de ses idées se trouvent, toujours claires et précises, dans ses écrits mêmes.

Lamarck a précisé : « Quelles que puissent être les circonstances, elles n'opèrent directement sur la forme et sur l'organisation des animaux aucune modification quelconque ». Cette loi a été - involontairement - prouvée par Weissman quand il a coupé la queue à des générations de souris.

Lamarck a écrit : « Ce sont les besoins d'action qui ont fait naître les parties qui y sont propres, et ce sont les usages de ces parties qui les ont développées et qui les ont mises en rapport avec leurs fonctions. » Les changements de l’environnement n'influencent que les "besoins d'action", et l'action directe éventuelle des circonstances sur des individus adultes ne produit pas le même effet, s'il y en a un, que l'emploi de l'organe au cours de l'ontogenèse « dans tout animal qui n'a point dépassé le terme de ses développements ».

La description de L’évolution selon Jean-Baptiste de Lamarck (1744-1829) dans  "Lexique" est erronée. Pour ne pas trahir les pensées de Lamarck, ruiner son œuvre et déshonorer sa personne, il y a lieu de relire la version originale. Il a rédigé deux lois :

« Première loi. - Dans tout animal qui n'a point dépassé le terme de ses développements, l'emploi plus fréquent et soutenu d'un organe quelconque, fortifie peu à peu cet organe, le développe, l'agrandit et lui donne une puissance proportionnée à la durée de cet emploi ; tandis que le défaut constant d'usage de tel organe, l'affaiblit insensiblement, le détériore, diminue progressivement ses facultés et finit par le faire disparaître. »  

« Deuxième loi. - Tout ce que la nature a fait acquérir ou perdre aux individus par l'influence des circonstances où leur race se trouve exposée et, par conséquent, par l'influence de l'emploi prédominant de tel organe, ou par celle d'un défaut constant d'usage de telle partie ; elle le conserve par la génération aux nouveaux individus qui en proviennent, pourvu que les changements acquis soient communs aux deux sexes ou à ceux qui ont produit ces nouveaux individus. » Philosophie zoologique (1809)   

Les deux lois forment un tout cohérent qui concerne le seul règne animal. Il n'est pas correct de juger la deuxième loi invalide si l'on ne tient pas compte des conditions que les deux lois comportent. Elles n’ont pas encore été démontrées fausses et pour cause. "L’intransmissibilité des caractères acquis" est une invention de Mme Clémence Royer, biologiste et traductrice de « Origin of species » ( 5e éd. Paris, Ed. C.Marpon et E.Flammarion, 1882). Lamarck avait prévu : << Comme cet ouvrage [Philosophie zoologique] semble ne devoir intéresser qu'une seule classe de lecteurs, celle même dont il tend à modifier les opinions, ce qu'il peut offrir qui soit vraiment digne d'être considéré restera peut-être longtemps peu connu. »

Ce que l’on reproche à Lamarck sans le dire, c’est de ne pas avoir décrit le mécanisme biochimique qui permet de conserver les caractères acquis. Reproche immérité car on n’a toujours pas trouvé ces processus, les chercheurs étant bloqués dans l’impasse de la "Sélection naturelle" et des mutations au hasard. Sélection et "selection" désignent un choix ou un tri, la phrase pourrait s’écrire : « c’est le tri naturel qui fera le tri entre un changement adaptatif et un changement non adaptatif, selon un schéma darwinien classique. » Nous ne sommes pas bien avancés.

Quel que soit l’avenir des théories de l’évolution, Lamarck mérite notre respect et surtout celui des chercheurs et des enseignants : « Car occuper ainsi la pensée, entraîner des passions aussi intenses chez les philosophes et parmi ceux qui édifient la science, deux siècles durant à travers le monde et sans aucun doute pour longtemps encore, situe la puissance exceptionnelle de la pensée de Lamarck. » (Y.Delange, Actes Sud, 1984)

 

2012

Georges Lepetit   Ingénieur chimiste

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Les chimistes, ont un comportement particulier, remarquablement défini par Primo LEVI (Il sistema periodico) :  « … œuvre de chimiste qui pèse et sépare, mesure et juge sur des preuves sûres et s’ingénie à répondre aux pourquoi. »