Aire de dialogues - Pr Michel Sempé

24. Portraits comparés de Lamarck, Cuvier et Darwin

 

Société de Biométrie Humaine. XVIe colloque

Communication orale -      Portraits comparés de Lamarck, Cuvier et Darwin

 

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[ 1]  Par l’attribution d’une Année de célébrations pour lui tout seul, Darwin est placé sur un podium qui occulte les œuvres des naturalistes français notamment celles de Lamarck et de Cuvier. C’est à la fois une injustice et une erreur car les lois biologiques que ceux-ci ont mises en évidence n’ont, jusqu’à présent, pas été démontrées fausses et pour cause.

Alors que Darwin est dominant, Cuvier et Lamarck sont mal connus en France voire dépréciés dans l’opinion courante, sans raison. Il est nécessaire de remonter à la source avec quelques exemples d’arguments, objets de polémiques, ce que je vais faire dans les 14 minutes qui me restent.

 

Cultures d’origine

[2] Le premier dans l’ordre chronologique, Jean-Baptiste Monet, chevalier de LAMARCK (1744-1829) a été élevé dans une famille de petite noblesse catholique dont les fils étaient formés pour la carrière militaire. Jean-Baptiste, petit dernier, a été instruit chez les Jésuites ; mais plutôt que de devenir prêtre, il préfère s’engager à 17 ans, dans une armée. Rendu à la vie civile, il passe quatre années à l'Ecole de Médecine de Paris où les cours sont donnés en latin. Il suit les cours de Bernard de Jussieu, "Démonstrateur des plantes" au Jardin du Roy. Il survit à la Révolution.

Il propose un nouveau statut pour le Jardin du Roy qui servira de base au futur Muséum dans lequel la chaire des Insectes, des Vers et des Animaux microscopiques lui sera attribuée. Il y enseignera jusqu’à ce qu’il devienne aveugle. [2bis]La Philosophie Zoologique (1809) est la plus connue de ses œuvres avec l’imposante [3]Histoire Naturelle des Animaux sans vertèbres (1815).

[3bis]« Pauvre et oublié, Lamarck fut enterré au cimetière Montparnasse d’où ses os ont été retirés peu après, la concession perpétuelle n’ayant pas été payée. (Félix Le Dantec)

 

[4] Georges CUVIER (1769-1832) est né à Montbéliard dans une famille bourgeoise et luthérienne. Bon élève, il est admis à l’Académie de Stuttgart dans le Wurtemberg. Il s’y distingue par ses connaissances en botanique et la découverte de plusieurs espèces dans les environs. En 1793, Montbéliard est rattaché à la France, Cuvier devient automatiquement et officiellement français.

En 1795, la Commission exécutive de l'Instruction publique à la Convention recherche << des hommes propres à répandre l'instruction. >> Cuvier est accepté ; à 26 ans il débute à Paris pour enseigner l’histoire naturelle à l’école Centrale près du Panthéon. Puis il est nommé professeur d’anatomie comparée au Muséum d’histoire naturelle.

En 1800, à 31 ans, il est nommé secrétaire de l’Académie des Sciences. Il reste enseignant en remplaçant Daubenton à la chaire d’histoire naturelle du Collège de France. Son activité est débordante car il cumule les fonctions auxquelles il est successivement nommé. [4bis] Par exemple, durant les 32 ans  passés à l’Académie des sciences, il a rédigé 162 mémoires, 39 éloges et publié sept ouvrages (16 tomes en tout). Napoléon l’utilise pour plusieurs missions après l’avoir fait Inspecteur général de l’Instruction Publique. En 1813, il est nommé au Conseil d’État dont il finira par avoir la présidence avec la dignité de Pair de France (1831). Malheureusement, il meurt l’année suivante, à 63 ans, touché par une épidémie de choléra.

Ses très nombreux écrits sont dispersés dans diverses Institutions et bibliothèques. Le plus populaire reste son Discours sur les Révolutions de la surface du Globe.

 

[ 5] Charles DARWIN (1809 – 1882) est le 5e enfant d’une famille de médecins. Charles aime collectionner : des minéraux, des insectes, des monnaies, des timbres ainsi que des coquillages. Son père l’envoie à la faculté de médecine d’Édimburgh puis à Cambridge, en théologie pour une formation de clergyman. Il continue à collectionner, entre autres, des coléoptères  dont la chasse lui prend beaucoup de temps, au point que sa petite amie le quitte, vexée qu’il lui préfère des insectes. Son professeur de théologie le propose pour être le naturaliste d’une expédition de découverte des côtes de Patagonie sur le navire Beagle. Le voyage a duré 5 ans (1836). Le compte-rendu en sera publié 3 ans après son retour.

Son chef d’œuvre, [ 6] The Origin of Species,(1859) est longuement travaillé. Il va jusqu’à pratiquer quelques expériences d'élevage d'animaux et de culture de plantes. Connu comme « Gentleman naturalist », il apparaît comme un amateur éclairé par rapport à des professionnels tels que le laborieux Lamark ou le brillant Cuvier.

 

Aspects théoriques

J’en viens aux polémiques. Lamarck est reconnu par Jean Rostand comme « le fondateur du « transformisme »première théorie positive de l’évolution des êtres vivants ». Deux lois, qu’ilasoigneusement rédigées constatent l'hérédité des caractères acquis, sous conditions. Le principe en était admis plus ou moins clairement par les naturalistes de son époque. Il semble que ce soit Mme Clémence Royer qui, en traduisant Darwin en français, (1882) a inventé l’expression « d’intransmissibilité des caractères acquis » ; le sens de la version originale est sensiblement différent. [ « Non-heritance of any new character is, in fact, the same thing as reversion to the character of the grandparents or more remote ancestors. » ] Logiquement, si le caractère dit nouveau n'est pas transmis, est-il justifié de dire qu'il est acquis ? Darwin lui-même a eu un doute. Il avait ajouté sa phrase dans la troisième édition (1861), puis il l’a retiré pour la cinquième édition (1869). Néanmoins, l’énoncé français de Mme Royer a été érigé en principe et continue de jeter l’opprobre sur l’œuvre de Lamarck.

[ 7] Exemple célèbre d’opposition entre darwinisme et lamarckisme : le cou de la girafe. Darwin a écrit : « The individuals which were the highest browsers ( brouteurs) and were able during dearths (famines) to reach even an inch or two above the others, will often have been preserved. » L’hypothèse est formulée en conformité avec la « Théorie de la sélection naturelle ». Mais, a-t-on observé quoi que ce soit qui serait dû à des séries de famines qu’auraient subies des ancêtres de la girafe ?

Lamarck avait indiqué : « On sait que cet animal habite l'intérieur de l'Afrique, et qu'il vit dans des lieux où la terre, presque toujours aride et sans herbage, l'oblige de brouter le feuillage des arbres, et de s'efforcer continuellement d'y atteindre. » (1809) [ surtout les jeunes]  Parmi les mammifères artiodactyles ruminants du même taxon familial, l'okapi ( Okapia johnstoni) a le cou et les jambes beaucoup plus courts, mais il vit dans les forêts humides du Congo où il trouve du feuillage à sa portée. Les arguments de Lamarck sont observables.

Pour éclairer ma lanterne, je vais remonter à la source, les lois elles-mêmes que nous pouvons relire ensemble :  [8]

Première loi. - Dans tout animal qui n'a point dépassé le terme de ses développements, l'emploi plus fréquent et soutenu d'un organe quelconque, fortifie peu à peu cet organe, le développe, l'agrandit et lui donne une puissance proportionnée à la durée de cet emploi; …

Les trois facteurs de développement indiqués sont ceux qui déterminent la qualité de tout apprentissage : fréquence, intensité et durée des exercices. De nos jours, la première loi est observée dans tous les sports, les arts et les techniques.  

[9] Deuxième loi. - Tout ce que la nature a fait acquérir ou perdre aux individus par l'influence des circonstances où leur race se trouve exposée … elle le conserve par la génération aux nouveaux individus qui en proviennent, pourvu que les changements acquis soient communs aux deux sexes ou à ceux qui ont produit ces nouveaux individus. » (Philosophie zoologique 1809)

Les deux lois forment un tout cohérent qui concerne le seul règne animal. Il n'est pas correct de juger la deuxième loi invalide si l'on néglige les conditions que les deux lois comportent. Compte tenu des connaissances de son époque, ce n’est pas à Lamarck qu’il faut reprocher de ne pas avoir décrit les processus biologiques par lesquels les caractères nouveaux s’inscrivent dans le génome et deviennent acquis. Aujourd’hui, l’hérédité de caractères acquis étant considérée comme impossible, les mécanismes biologiques effectifs de la modification du génome, actuellement, ne sont pas mieux définis que du temps de Lamarck.

Cuvier s’est opposé au transformisme de Lamarck car il n’en voyait pas de preuve. Il a examiné personnellement des momies d’ibis, de chats et de crocodiles : « nous ne pouvons guère juger de ce qu’un long temps produirait qu’en multipliant par la pensée ce que produit un temps moindre. Or l’ibis est encore à présent le même que du temps des Pharaons. [2 à 3 000 ans] » Son argument est irréfutable.

Il a écrit aussi : « Lorsque je soutiens que les bancs pierreux contiennent les os de plusieurs genres et les couches meubles ceux de plusieurs espèces qui n’existent plus, je ne prétends pas qu’il ait fallu une création nouvelle pour produire les espèces existantes, je dis seulement qu’elles n’existaient pas dans les mêmes lieux, et qu’elles ont dû venir d’ailleurs. » C’est logique. Bien que luthérien, il se défend d’être "créationniste".

[ 4bis] Le « catastrophisme » de Cuvier, développé dans son Discours sur les révolutions de la surface du globe est opposé au gradualisme toujours dominant. Pourtant, la disparition des dinosaures, il y aurait 65 millions d’années, est attribuée de façon courante aux conséquences de l’impact d’un gros astéroïde, ce qui est bien une catastrophe.

[11] L’idée maîtresse de Darwin, devenue Néo-Darwinisme, Théorie Intégrée ou Synthétique de l’évolution, est la suivante dans la traduction de Clémence Royer, (1882) : << Si des variations utiles aux êtres vivants eux-mêmes se produisent parfois, assurément les individus chez lesquels elles se manifestent, ont les plus grandes chances d'être épargnés dans la guerre qui résulte de la concurrence vitale et en vertu du puissant principe d'hérédité, il y aura chez eux une tendance prononcée à léguer ces mêmes caractères accidentels à leur prospérité. Cette loi de conservation ou de survivance du plus apte, je l'ai nommée Sélection naturelle. »

Je me permets plusieurs remarques :

Généralement, les prédateurs ont une préférence marquée pour les jeunes des espèces sur lesquelles « ils fondent leur cuisine » et sans faire de sélection. On ne peut pas savoir lesquels de ces jeunes auraient été des adultes « les plus aptes ».

Deuxième remarque : Darwin croit à une action directe du milieu sur les organismes provoquantaccidentellement des variations, alors que Lamarck avait précisé : << quelles que puissent être les circonstances, elles n'opèrent directement sur la forme et sur l'organisation des animaux aucune modification quelconque. » Cette ferme proposition a été vérifiée expérimentalement par Weissmann qui a coupé la queue à des générations de souris, sans succès. L'action directe des circonstances sur les individus, surtout adultes, n'a pas les effets de l'emploi de l'organe au cours de l'ontogenèse des jeunes.

Troisième remarque [ 10]:  Sur ce graphique, l’évolution du volume endocrânien des hominidés montre une belle régularité. Le nombre de générations d’individus qui nous séparent d’un ancêtre commun avec nos cousins primates les plus proches, est probablement supérieur à 200 000. Soit autant de « hasards heureux » pour fournir les gènes qui aujourd’hui nous en différencient. La théorie officielle ne me paraît pas vraiment convaincante.

Malgré les critiques, les lois de Lamarck soutiennent toujours la réalité de l’évolution du règne animal par « transformisme » ; évolution qui a été, selon Paul Wintrebert (1962), « niée par Cuvier, considérée ensuite par Darwin comme le fruit du hasard et de la « sélection naturelle » puis par les spiritualistes comme un don de la Providence et par les mutationnistes comme l'effet de violences physiques ; elle n'a  jusqu'à présent  jamais été acceptée sans restriction comme l'œuvre du vivant. »

 

L’heure c’est l’heure, ma conclusion sera brève : Lamarck avait raison.

( Pas de remarque ni de question ; nihil obstat)

 

G.Lepetit  27.11.2009
 
 

 

 

Extrait de : Epigenèse du cerveau,de la mémoire et de l’intelligence. G.Lepetit et Dr P.Lepetit. 2009, éd. Books on demand ? www.bod.fr

 

1.1  Réduction du volume endocrânien

 

L'ascendance de l'Homme, décrite par Darwin dans The Descent of Man, est reconstruite par les paléoanthropologues à partir de dents et de morceaux d'os dont l'ancienneté est parfois difficile à établir. Mais l’abondance croissante des pièces fossiles, des recherches et des études contradictoires aboutit à des conclusions fermes. Il reste néanmoins très difficile de « prouver » certaines hypothèses sur les capacités intellectuelles de nos prédécesseurs du genre Homo. Les nombreuses et différentes populations que l'on peut rencontrer à la surface du globe sont le produit de l'évolution de plusieurs "espèces" : Homo habilis, erectus, ergaster, neanderthalensis, sapiens... dans un ordre et avec des relations qui ne sont pas encore définitivement établis, mais dont les volumes endocrâniens vont en augmentant pour chacune. En moins de 3 millions d'années, [ cela paraît long, surtout au début ! ] ces espèces particulières de l'ordre des Primates ont réussi à dominer toutes les autres.

 

Historique

Les caractères distinctifs définissant les espèces d’hominidés sont observés principalement dans l'ensemble osseux cranio-facial, lorsqu'il en a été découvert suffisamment de morceaux. L’accroissement du volume endocrânien estimé à partir de ces restes est en effet constaté depuis l'Australopithèque Lucy ( 3.2 millions d'années, 500 cm3) jusqu'aux hommes du paléolithique (30 000 ans avant J.C., 1 700 cm3). Augmentation plutôt lente chez les premières espèces car l'encéphale du genre Australopithecus « ne passe que de 400 à 550 cm3 en 2 millions et demi d'années. » (Y.Coppens, 1983.)

Henry de Lumley (1979) indique : « le cerveau d’Homo habilis est plus volumineux, il dépasse 600 centimètres cubes : ce volume marque la séparation entre les grands singes ou hominidés et les Hommes véritables. » Cette évolution de la capacité cérébrale de l’ensemble des Homos est toujours représentée par une courbe hyperbolique. Cf. Figure 1 (G.Lazorthes, 1999). Le graphique montre bien la lenteur des premiers progrès et l'accélération du développement depuis quelques 300 000 ans. Toutefois, la façon dont la courbe se termine laisse supposer que, non seulement notre cerveau actuel est plus volumineux que celui des hommes préhistoriques Néandertal et Cro Magnon, mais qu’il continuerait à augmenter.

En fait, la croissance du volume endocrânien apparaît arrêtée entre 30 000 et 20 000 ans avant J.C., pour les Néandertaliens comme pour les Cro Magnons, puis la tendance millénaire s’est inversée. Le volume moyen du cerveau des hommes modernes a diminué de 20 pour cent environ pour les Européens depuis 20 000 ans (R.Martin, 1995). Cf. Figure 2

 

Causes supposées de l’augmentation

Les causes de l'augmentation du volume du cerveau constatée chez les espèces du genre Homo - augmentation qui ne semble toujours pas se produire chez les grands singes - continuent de faire couler beaucoup d'encre en anthropopaléontologie et en philosophie. Le développement au cours de l'évolution a été attribué successivement, alternativement ou conjointement, au développement de l'habileté manuelle (les "outils" en silex), à la vie en groupe, au développement de la parole et, bien sûr, aux mutations favorables qui se seraient produites « par hasard ».

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 Figure 1 : Croissance du volume endocrânien des Hominidés en 10 millions d’années. G.Lazorthes (1999) 

 

shéma 2

Figure 2 : Croissance du volume endocrânien de 3 millions d’années avant J.C. à 2 000 ans après.

 

Il semble plutôt que les aptitudes humaines présentes dans le génome des nouveau-nés ont été acquises à petits pas. Elles ont été l’objet d’apprentissages individuels, répétés sans trop de discontinuité de génération en génération, puis, s’il y a eu développement organique, addition dans le génome.  Selon Th.Ribot (1914) : << L'accroissement de la masse du cerveau, disent [ les anatomistes], est prouvé en partie par la différence qui existe entre celui des gens cultivés et celui des gens incultes, en partie par l'augmentation qui résulte, pour le cerveau, des progrès de la civilisation en Europe, augmentation qui s'accumule assez, grâce à l'hérédité, pour pouvoir être constatée.>> Attribuée à la culture, cette cause d’augmentation est admise le plus fréquemment.

Pour R.Houdart, neurochirurgien (2002) : << Au cours de l’évolution des espèces, dans la lignée qui a abouti à l’homme, chaque espèce nouvelle a conservé tout en le perfectionnant le système nerveux de l’espèce dont elle était issue. Or, très remarquablement, chaque nouvelle étape s’est, en quelque sorte, inscrite dans le système nerveux sous forme d’un étage nouveau, plus complexe et plus perfectionné que les étages précédents et se superposant à eux, sans pour autant que ceux-ci disparaissent. C’est le développement, l’amélioration, la transformation des fonctions du système nerveux qui favorise l’apparition d’une nouvelle espèce

E.Mayr (1970) constate l’arrêt de l’évolution humaine : « Il ne s'est pas produit d'augmentation des dimensions [du cerveau] au cours des 30 000 dernières années d'évolution humaine, probablement parce qu'il n'y a plus de pression de sélection pour cela. »

R.Martin (1995), anthropologue à Zurich, précise : « C'est l'apport d'énergie de la mère qui limite la taille finale du cerveau de la descendance. Ainsi il existe un lien indirect entre l'ingestion énergétique de la mère et la capacité cérébrale atteinte par sa progéniture à l'âge adulteIl semble alors patent que l'un des principaux facteurs de l'évolution humaine a été l'augmentation progressive de la capacité à trouver et à exploiter des ressources alimentaires à grande capacité énergétique

Parmi ces ressources alimentaires, la consommation de plantes oléagineuses riches en acides gras polyinsaturés entrant dans la construction du système nerveux, a nécessairement contribué au développement du cerveau des mammifères. R.Martin fait mention des singes sapajous, relativement plus "intelligents", qui « recherchent les aliments riches en énergie » et notamment des noix, qu’il leur fallait casser. On sait que l’huile de noix est riche en acides gras essentiels.

Les anthropologues américains D.Bramble et D.Lieberman (Nature, nov.2004) pensent que « c’est par la course d’endurance que les premiers hommes se sont transformés pour devenir ce qu’ils sont aujourd’hui. »

La capitalisation des aptitudes constituant la nature humaine ne peut manifestement pas être due << aux sacro-saintes mutations au hasard,>> comme le note Y.Coppens (2000) Le hasard a-t-il pu fournir les gènes qui nous diffèrencient de nos cousins primates les plus proches ? Pourquoi ces derniers n’ont-ils pas, dans la même durée, progressé plus ? La théorie officielle n’est pas vraiment convaincante. L’hérédité de caractères acquis étant toujours considérée comme impossible, le mécanisme biologique effectif de la modification du génome n’est pas mieux défini que du temps de Lamarck.

La transmission des progrès technologiques a dû jouer aussi un rôle important. Comme tous les jeunes primates, les nourrissons humains sont capables d’imiter des comportements adultes en plus de leurs comportements instinctifs, mais pour devenir réellement humains, ils ont besoin de l’enseignement des adultes. C’est ce qu’affirme Aldous Huxley (1946) : « We are human because, at a very early stage in our history of the species, our ancestors discovered a way of preserving and disseminating the results of experience. »  [Nous sommes des humains parce qu’à un stade très ancien de l’histoire de notre espèce, nos ancêtres ont découvert un moyen de préserver et de transmettre les fruits de leur expérience.]

 

 

COPPENS Y. Le genou de Lucy. Paris, Odile Jacob, 2000

 

HUXLEY A. (1946) Adonis and the alphabet. Cité par S.BEDFORD, 1973.  Aldous Huxley, a biography. II

LAZORTHES G. L'histoire du cerveau. Genèse, organisation, devenir. Paris, Ellipses, 1999

ARTIN R. La taille du cerveau et l'évolution humaine. Pour la Science, 210, 1995, 60-67.