Aire de dialogues - Pr Michel Sempé

39. Dérélictions

 

… Les pauvres, eux, sont d’une fidélité à toute épreuve, enracinés dans les replis de la société française, ses villes, ses banlieues et ses campagnes, laminés par le chômage de masse, accablés, quand ils ne sont pas révoltés, par l’impuissance publique à les aider efficacement à sortir de la misère et de l’indignité.

La litanie des chiffres est hélas saisissante. Comme une accumulation de désastres individuels, avant d’être collectifs. En 2010, selon la dernière statistique de de l’Institut National de la Statistique et des Études Économiques, 8,6 millions de personnes – près d’un Français sur sept – étaient pauvres en France métropolitaine : elles vivaient sous le « seuil de pauvreté monétaire » fixé, en Europe, à 60% du « niveau de vie médian ». En clair, avec 964 euros par mois pour une personne seule.

Cette pauvreté touche 20% des enfants et des jeunes de moins de 18 ans, près de 22% des 18-24 ans, 20% des non diplômés, un tiers des habitants des zones urbaines sensibles, un tiers aussi des familles monoparentales, plus des 36% des chômeurs. Le pire est le cumul de ces handicaps.

... plus alarmiste encore, il y a un an. En effectuant des rapprochements avec le nombre des exclus bancaires, les personnes traitées par les commissions de surendettement, celles qui font l’objet de retenues sur salaires, etc., « il y a aujourd’hui 12 à 15 millions de personnes pour qui les fins de mois se jouent à 50 ou 150 euros près. »

Encore ces chiffres datent-ils de 2010. L’explosion du chômage depuis 18 mois n’a pu que les aggraver …

… Cruel constat : le taux de pauvreté est, en France, plus élevé qu’il y a un quart de siècle …

Tous ces dispositifs (filets de sécurité) ont freiné mais pas arrêté une vague qui met à nu toutes les fractures sociales du pays, ses fragilité, précarité et anxiétés croissantes …

Mais tout vaut mieux que l’attitude choquante d’une droite qui a fait de la dénonciation du « cancer de l’assistanat » l’un de ses chevaux de bataille, attisant sans vergogne l’hostilité entre les Français les plus pauvres et ceux qui le sont un peu moins …

… elle oublie simplement de rappeler que, … sur les 4.6 millions de demandeurs d’emploi de catégorie A, B et C, 2 millions ne sont pas indemnisés.

Mais il serait pour le moins singulier qu’à la sécession des riches réponde, désormais, la désertion des socialistes dans la bataille contre la pauvreté.

 

Gérard Courtois – Le Monde du mercredi 13 décembre 2012, page 21. (Extraits)

 

Les femmes sont les premières victimes de la crise économique mondiale

 

Alors que les inégalités entre hommes et femmes tendaient à se réduire, la crise économique a de nouveau creusé l’écart de puis 2007.

Dans un rapport publié, mardi 11 décembre (2012), l’Organisation des Nations Unies Femmes et l’Organisation Internationale du Travail témoignent d’une situation aggravée pour les femmes dans les domaines du chômage, de l’emploi, des taux d’activité ou encore de la ségrégation professionnelle. Globalement, écrivent les auteurs du rapport, « la crise a amplifié le décalage entre le taux de chômage des femmes et celui des hommes, détruisant 13 millions d’emplois occupés par des femmes La part des femmes dans les emplois vulnérables a augmenté, atteignant 50% en 2012. Dans les économies avancées, si l’on constate des écarts moins importants, l’emploi des femmes a été réduit. « Les mesures de ségrégation se sont accrues au fil du temps, explique le rapport. Par ailleurs, les femmes quittent l’agriculture dans les pays en développement ou l’industrie dans les pays développés pour rejoindre le secteur des services. »

 

Rémi Barroux - Le Monde du mercredi 13 décembre 2012, page 9.

 

Or qui dit malheur des femmes dit celui des enfants car, faut-il le rappeler à certains ?

l’advenir du monde ne dépend que de celles qui portent, éduquent, élèvent celles et ceux

dont elles seules ont compris que leur humanité était bien autre que d’avoir à consommer.