Aire de dialogues - Pr Michel Sempé

47. Je me pose beaucoup de questions concernant la croissance ...

 

Une demande de contact a été formulée par e-mail via http://www.accroissements-michel-sempey.fr/ de la part de :

Heudre Ingrid <Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. >

 

Bonjour,

 

je me permets de vous contacter aujourd'hui car je me pose beaucoup de questions concernant la croissance.

voilà le contexte:

mon compagnon et moi avons décidé de fonder une famille; j'ai donc arrêté la pilule il y a 2 semaines.

nous sommes tous les 2 très grands :

lui : 1m93, son père : 1m82 et sa mère : 1m65 moi : 1m84, mon père et ma mère : 1m80 Mon frère : 2m05

Aujourd'hui ma taille n'est plus un handicap ni un complexe mais cela n'a pas toujours été le cas.

Mon frère, lui,est très handicapé par ça, autant socialement que pour trouver un travail.

Plus jeune, on en a beaucoup souffert à l'école et à l'adolescence.

Bref, un schéma plutôt classique sans vouloir faire appel au fatalisme.

Mon compagnon et moi pensons que le vie est parfois suffisamment difficile et hostile pour rajouter des difficultés suite à la transmission d'un patrimoine génétique à un enfant qui n'a rien demandé.

Cette idée est très difficile à envisager pour moi.

je voulais donc savoir si nous avons les moyens techniques et technologiques d'encadrer voir de "contrôler" la croissance d'un enfant.

Si oui, est ce que des démarches ou examens s'imposent pendant la grossesse ?

Je suis consciente que ma demande peut paraitre très farfelue mais si toute fois vous êtes sensible à mes peurs et questions, n'hésitez pas à me contacter ou à me donner des conseils.

 

Réponse

Madame,

Votre demande n’a rien de farfelue ; bien au contraire, je la trouve remarquable et je me sens honoré que vous me l’ayez posée si spontanément.

Il importe avant tout de bien être persuadée que la vie humaine ne dépend pas de la seule génétique, ou, plus encore, des connaissances que nous pouvons en avoir. Son incidence, bien sûr, n’est pas nulle - car sans cela comment existerions-nous ? – mais elle ne représente que moins de la moitié des phénomènes qui nous régissent.

Pour répondre immédiatement à votre question, voici trois réponses :

-      quand un mouvement se produit, le pire serait de le freiner à temps et contre temps : il faut ruser avec lui et ne pas l’alimenter avec excès. L’erreur commise bien souvent aux lendemains des privations a été de vouloir les compenser à posteriori chez celles et ceux qui ne les vivent pas.

-      La « technique » est d’envisager des maintenant les conditions qui vous permettront d’offrir à votre enfant votre allaitement maternel ; il saura bien ajuster lui-même ses tétées et vous ne le forcerez jamais.

-      Les marchands se sont mis en situation de ne respecter aucune limitation et leur appétit d’un lucre désordonné a amené une grande partie de votre génération à être surnourrie, en particulier avec des protéines. Pendant la première année les croissances s’en sont trouvées comme « s’emballant ».

-      Les besoins d’un nourrisson pour construire son cerveau sont d’ordre lipidique ; pour éviter une adiposité totalement fantasmée, l’apport lipidique a été diminué alors que le lait maternel est riche des graisses adaptées à l’espèce humaine. Le petit veau se dresse sur ses pattes dès après sa naissance et son temps de croissance est bref ; là encore, le mercantilisme s’est borné à trafiquer le lait de vache.

-      Dès le premier trimestre de sa vie aérienne, le bébé voudra bouger de plus en plus et vous savez qu’il aura commencé avant de naître : donnez lui au maximum et en sécurité ce qui n’est pas de l’agitation. Il dépensera le surplus et l’enfant n’est pas un goinfre de lui-même.

-      L’environnement, petit à petit, aura plus de conséquences qu’une hérédité qui est donnée une fois pour toutes ; elle a aussi ses bons côtés et vous apprendrez vite à ne pas trop vous soucier d’elle.

-      Je ne veux pas être trop long et, si vous le souhaitez, je tenterai de répondre à des questions plus précises, mais, en résumé, sans être directif, permettez moi de vous redire qu’à mes yeux l’entourage de votre enfant va demander un allaitement maternel aussi prolongé que possible, une activité qui bientôt risque de vous épuiser, une nourriture la moins frelatée qui se puisse, ce qui vous amènera à être très vigilante.

 

Veuillez m’excuser de ne pas avoir abordé les questions relatives à votre grossesse : il n’y a qu’une réponse : vous-même devait grossir au minimum ; n’oubliez que pendant neuf mois ce n’est pas vous qui faîtes grandir cette petite fille ou ce petit garçon mais l’une ou l’autre qui se servent à leur gré.

 

En espérant avoir peut-être un peu diminué vos peurs qui sont parfaitement respectables et sont inséparables de l’aventure unique et merveilleuse qu’est la mise au monde d’un enfant, lequel, d’ailleurs, a déjà engagé avec vous deux un dialogue à ce sujet,

je vous prie de croire, Madame, en mes sentiments les meilleurs.

 

 

Pr Michel SEMPÉ

 

 N.B. : Une croissance jugée trop élevée à son terme n’est pas une maladie. C’est la malveillance, souvent supposée, de la société de notre temps qui projette sur les autres ses propres phantasmes. S’accepter d’être « grand » à l’âge adulte peut devenir un atout ; selon ses goûts il existe des métiers qui les recrutent et les dénicher n’est pas insurmontable. Par contre, il est hélas vrai qu’à l’école la méchanceté n’est souvent que stupidité.