Aire de dialogues - Pr Michel Sempé

26. Réhabilitation de Lamarck

Lamarck et le lamarckisme

G.Lepetit   2006/2012

 

Le nom de Lamarck est mondialement célèbre mais l'oeuvre du fondateur du transformisme est méconnue, sinon méprisée, particulièrement en France. Pourtant, il a systématisé les connaissances du XVIIIe siècle dans plusieurs domaines, en botanique, en météorologie, surtout en biologie. Certains principes qu'il a formulés, notamment dans sa Philosophie Zoologique (1809), sont intégrés à notre culture générale. Aucun n'a été explicitement démontré faux.

L’embryologiste français Paul Wintrebert (1962) résume cette situation :

<< L'oeuvre de Lamarck n'a pas été exposée, dans la plupart des traités, avec la fidélité et l'exactitude désirables. Malgré sa très grande valeur, en aucun pays, même en France, elle n'a reçu des biologistes l'adhésion totale qu'elle mérite. L'évolution, niée par Cuvier, considérée ensuite par Darwin comme le fruit du hasard et de la sélection naturelle, puis, par les spiritualistes comme un don de la Providence et, par les mutationnistes, comme l'effet de violences physiques, n'a jusqu'à présent jamais été acceptée, sans restriction, comme l'oeuvre du vivant.>> p.15

L'évocation de Lamarck entraine, comme par reflexe, celle de Darwin et, bien sûr, celle de l'opposition de leurs partisans respectifs. Autant Darwin bénéficie de l'engouement pour le "darwinisme" et la « selection darwinienne », autant Lamarck est accablé par la mauvaise image du "lamarckisme". Les utilisateurs de ces deux concepts n'en donnent généralement pas le sens ou bien réduit à un seul argument donc simpliste et schématique.  Il est probable que peu d'auteurs anglo-saxons ont lu Lamarck en version originale, aussi peu nombreux que les auteurs français qui ont pris le temps de lire "On the origin of species" ( prononciation : spicize).

Les lois énoncées par Lamarck, déplorablement tronquées, déformées et exclues des théories actuelles, sont le plus fréquemment au coeur des débats, lorsqu'il y en a. Suivant le conseil éclairé de La Bruyère, en voici le texte, de la première main :

 

Première loi. - Dans tout animal qui n'a point dépassé le terme de ses développements, l'emploi plus fréquent et soutenu d'un organe quelconque, fortifie peu à peu cet organe, le développe, l'agrandit et lui donne une puissance proportionnée à la durée de cet emploi; tandis que le défaut constant d'usage de tel organe, l'affaiblit insensiblement, le détériore, diminue progressivement ses facultés et finit par le faire disparaître.

Deuxième loi. - Tout ce que la nature a fait acquérir ou perdre aux individus par l'influence des circonstances où leur race se trouve exposée et, par conséquent, par l'influence de l'emploi prédominant de tel organe, ou par celle d'un défaut constant d'usage de telle partie; elle le conserve par la génération aux nouveaux individus qui en proviennent, pourvu que les changements acquis soient communs aux deux sexes ou à ceux qui ont produit ces nouveaux individus.>>  Philosophie zoologique, 1809, I-235.

 

Pour Lamarck, comme d'ailleurs pour Darwin, la grande quantité d'observations constitue l'expérience nécessaire à la fondation et à la vérification de lois : << Toute connaissance qui n'est pas le produit réel de l'observation ou de conséquences tirées de l'observation, est tout-à-fait sans fondement, et véritablement illusoire » (Syst.Ana. p.84). Les deux lois forment un tout cohérent. Il n'est pas correct de juger la deuxième loi invalide si l'on ne tient pas compte des conditions que les deux lois comportent.

Première condition : les modifications éventuelles d'organe ne se produisent que durant la période de croissance des individus et, deuxième condition : ne sont transmis par la génération, que les caractères acquis communs aux deux parents. Dans l'introduction à l'Histoire naturelle des animaux sans vertèbres(1815), Lamarck indique, après la Première loi : « On sait que tout corps vivant ne cesse de s'accroître, depuis l'instant où la vie l'anime, jusqu'à un terme particulier de sa durée, qui est relatif à celle de chaque race. Ce corps s'accroîtrait pendant le cours entier de sa vie, si une cause assez connue ne mettait un terme à son accroissement, après le premier quart, ou environ, de sa durée. » (H.N.p.182)  Ce qui confirme la proposition « qui n'a pas atteint le terme de ses développements »

Quelques unes des critiques et quelques uns des appuis, moins nombreux, à ces lois sont passés en revue. Il est remarquable que le plus souvent la meilleure réfutation se trouve, claire et précise, dans les écrits mêmes de Lamarck.

 

Blâmes et oppositions

De Darwin : << Why have not the more highly developed forms everywhere supplanted and exterminated the lower ? Lamarck, who believe in an innate and inevitable tendency toward perfection in all organic beings, seems to have felt this difficulty so strongly that he was led to suppose that new and simple forms are continually being produced by spontaneous generation.>> p.111 (Traduction (1)  Pourquoi, en effet, les formes supérieures n'ont-elles pas partout supplanté et exterminé les inférieures ? Lamarck, qui croit que tous les êtres organisés ne peuvent éviter d'avoir une inclination innée pour la perfection, semble avoir si bien senti le poids de cette difficulté qu'il a été amené à supposer que de nouveaux êtres, d'ordre inférieur, sont formés continuellement par voie de génération spontanée.)

L'argumentation de Darwin déforme le texte de Lamarck qui a écrit : << Quoique l'homme soit hors de rang, à cause de l'extrême supériorité de son intelligence, relativement à son organisation, il offre assurément le type du plus grand perfectionnement où la nature ait pu atteindre : ainsi, plus une organisation animale approche de la sienne, plus elle est perfectionnée.>> P.Z.I 138

Lamarck utilise le niveau de complexité, ou degré de perfection, de l'organisation des animaux pour en classer les masses (classes ou ordres). Sa méthode de classification est d'ailleurs exemplaire pour établir une taxinomie d'un ensemble quelconque de phénomènes.

Il n'indique pas que le règne animal soit prédisposé à rechercher inévitablement la perfection. De plus, la "génération spontanée" que cite Darwin n'est pas celle que Pasteur (qui était encore fixiste) a démontré fausse. Lamarck a écrit : << Dans sa marche, la nature a commencé, et recommence encore tous les jours, par former les corps organisés les plus simples, elle ne forme directement que ceux là, c'est-à-dire ces premières ébauches de l'organisation qu'on a désignées par l'expression de générations spontanées.>> (P.Z.I p.6)  La série a nécessairement un début. On peut juger ce "tous les jours" trop généreux, néanmoins, l'apparition spontanée de la vie dans une "soupe primitive" est toujours activement étudiée. La liste des virus connus n’est pas encore arrêtée.

 

De Darwin : << The conditions of life appear to act in two ways - directly on the whole organization or on certain parts alone, and indirectly by affecting the reproductive system. With respect to the direct action, we must bear in mind that in every case, as Professor Weissmann has lately insisted, there are two factors : namely the nature of the organism and the nature of the conditions.>> p.6 <<[Lapse of time] likewise tends to increase the direct action of the physical conditions of life, in relation to the constitution of each organism.>> p.91

(Trad. (2) p.6. Les conditions de vie agissent sur l'organisme de deux façons différentes. D'abord directement, soit sur l'organisation entière, soit sur certaines de ses parties, ou indirectement, en affectant le système reproducteur. L'action directe comporte elle-même, dans chaque cas comme y a insisté récemment le Professeur Weismann, deux facteurs qui sont : la nature de l'organisme et la nature des conditions sous lesquelles il se développe. (C.Royer p.507) -  p.91. De la même façon, la durée tend à accroître l'action directe des conditions de vie, en rapport avec la constitution de chaque organisme.)

À propos d’une action directe du milieu sur les organismes Lamarck avait précisé : quelles que puissent être les circonstances, elles n'opèrent directement sur la forme et sur l'organisation des animaux aucune modification quelconque » Phil.Zool.I p.221.  Proposition vérifiée expérimentalement par le même Weissmann quand il a coupé la queue à des générations de souris. L'action directe des circonstances n'a pas le même effet que "l'emploi de l'organe" au cours de l'ontogenèse de l'individu.  Et là, Darwin attribue à Weismann un argument que Lamarck avait donné avec plus de précision : « Tout ici porte donc sur deux bases essentielles, savoir : 1° Sur le pouvoir de la vie, dont les résultats sont la composition croissante de l'organisation, ... ;  2° Sur la cause modifiante, dont les produits sont des interruptions, des déviations diverses et irrégulières dans les résultats du pouvoir de la vie. » ( Lamarck, H.N. p.160)

 

De A.R.Wallace (1872) : << Lamarck avait supposé que les changements progressifs des espèces avaient été produits par les efforts des animaux pour développer leurs organes et modifier par là leur structure et leurs habitudes.>>

La première loi de Lamarck résulte de la grande quantité de ses observations et n’est pas une "supposition". Sur ce point, il précise : « Il n'est pas vrai que ce soient les formes des parties qui en ont amené l'emploi, comme le disent les zoologistes, mais qu'il l'est, au contraire, que ce sont les besoins d'action qui ont fait naître les parties qui y sont propres, et que ce sont les usages de ces parties qui les ont développées et qui les ont mises en rapport avec leurs fonctions ». H.N. Introduction p.196 .

 

De A.R.Wallace, suite : << S'il se produit une variété dans laquelle la puissance d'un organe ou d'un sens soit augmentée, ... l'animal sauvage profite immédiatement de tout surcroît de force, et l'augmente par l'exercice. On verra se modifier l'alimentation, les moeurs et toute l'économie de la race. Il se crée ainsi un être nouveau, plus parfait et qui se perpétuera aux dépens des variétés inférieures.>> p.95

Si le "profit de l'animal sauvage" est constamment observé, par contre, la production spontanée d'une variété douée d'un organe de puissance adéquate reste hypothétique. Mais la "perpétuation de cet être nouveau, plus parfait," ressemble fort à l'hérédité d'un caractère acquis.

 

De J.Ruffié (1986) : << La divergence entre Lamarck et Darwin tient à la cause initiale des transformations. Pour le premier, elles résident dans l'usage et le non-usage des organes, responsables de leur développement ou de leur atrophie, ce qui implique l'hérédité des caractères acquis.>> I p.9

Dans ce raccourci, J.Ruffié néglige les conditions d'application des lois de Lamarck. De plus, la loi de l'hérédité des caractères acquis, n'est ni "impliquée" dans, ni déduite de la première loi. La relation entre les deux lois, que ne donne pas Lamarck, est encore en question : par quel(s) processus la modification d'un organe peut-elle s'inscrire dans le génome de l'individu ?

 

Jean Piaget, expert en biologie et en logique, relève que :

<< ... selon le lamarckisme, l'organisme est façonné du dehors par le milieu, lequel, par ses contraintes, entraîne la formation d'habitudes ou d'accommodations individuelles qui, en se fixant héréditairement, façonnent les organes.>> 1943, p.20

 

De la Philosophie Zoologique il ne reste, dans la littérature actuelle, que l’étiquette de « l'hérédité des caractères acquis ».

J.M.Robert, généticien, (1978) : << On comprend l'inanité de la théorie de l'hérédité des caractères acquis.>> p.45

E.Mayr (1982) : << Curiously, when Lamarckism had a revival toward the end of the nineteenth century, most of those who had never read Lamarck in the original assumed that Lamarckism simply meant a belief in the inheritance of acquired characters.>> p.356

(Tra. (3)   Curieusement, lorsqu'on a reparlé du lamarckisme, vers la fin du XIXe siècle, la plupart de ceux qui n'avaient jamais lu Lamarck dans le texte original, ont supposé que "lamarckisme" désignait simplement la croyance dans l'hérédité de caractères acquis.

L'argument antagoniste de ce "lamarckisme" réduit apparaît, vers 1882, dans la quatrième édition de la traduction de "On the origin of species" par Clémence Royer ( qui est allée voir Darwin): « L'intransmissibilité de tout nouveau caractère acquis est, en fait, la même chose que le retour au type des aïeux » p.105. Le sens de cette phrase est sensiblement différent de celui du texte original : << Non-heritance of any new character is, in fact, the same thing as reversion to the character of the grandparents or more remote ancestors.>>

Traduite en français comme suit, : « La non-transmission d'un nouveau caractère est, en fait, la même chose que la réapparition du caractère des grands-parents ou d'ancêtres plus éloignés. », elle n'est pas en contradiction avec la deuxième loi.  Darwin lui-même a eu un doute. Il a ajouté cette phrase dans la troisième édition (1861) et l'a retirée pour la cinquième édition (1869) (Information aimablement communiquée par le British Museum of Natural History).

De fait, si un caractère dit nouveau n’est pas acquis, il ne peut pas être transmis et réciproquement, s’il n’est pas transmis c’est qu’il n’est pas acquis.

 

Certains auteurs critiquent Lamarck implicitement en préférant la "sélection" darwinienne à "l'emploi de l'organe" lamarckien. Mais il arrive qu'un argument implicitement lamarckien soit utilisé pour justifier une théorie ouvertement darwinienne. Par exemple, J.Z.Young (1964), qui a comparé le cerveau humain à << the computer of a homeostat>>, écrit :

<< The basis of these detector systems must be provided by heredity, though they may, of course, be modified by use. The population would become extinct if the detectors of results failed in their work, and by reshuffling of genes it is ensured that the detectors are kept appropriate to the environment of the race.>> p.197

(Trad. (4) p.197  Le support de ces systèmes de détecteurs doit être installé par hérédité, bien qu'il puisse, bien sûr, être modifié par l'usage. La population s'éteindrait si les détecteurs de résultats ne faisaient pas leur travail, de plus, par le remaniement des gènes, il est assuré que les détecteurs restent accordés à l'environnement de la race.)

Le "remaniement" des gènes n'empêche pas de déduire de cet extrait qu'il y a, implicitement, hérédité de caractères acquis.

 

J.P.Changeux (1989), dans une description de la synaptogenèse, propose en anglais la sélection des synapses par l'activité. L'idée pourrait être attribuée à un nouveau "darwinisme lamarckien".

<< The proposed theory deals with the stability of the connections. It postulates that the selection of connections by the activity of the developing network (endogenous, or evoked, or both) contributes to the final establishment of the adult organization.>> p.79 (trad. (5))  << The activity of the postsynaptic cell within a given time-window regulates the stability of the synapse in a retrograde manner. As a consequence, a given afferent message will cause the long-term stabilization of a matching set of synapses from the maximally connected neuronal network, while the others will regress.>> p.80

(Trad.(5) p.79  La théorie proposée traite de la stabilité des connexions. Elle postule que la sélection des connexions par l'activité du réseau en développement (endogène, ou évoqué, ou les deux) contribue à la mise en place de l'organisation adulte.  p.80 L'activité de la cellule postsynaptique, à un moment donné du développement, régule la stabilité de la synapse de façon rétrograde. En conséquence, un message afférent donné provoquera la stabilisation à long terme d'un ensemble coordonné de synapses au sein du réseau neuronal cependant que les autres synapses, surabondantes, régresseront.)

Ici, l'"emploi de l'organe" est bien la cause de la stabilisation des synapses. Mais sur quels critères l'activité peut-elle choisir et opérer la "sélection" des synapses qui se stabilisent ?

 

De J.Monod : << Toute évolution sensible, telle que la différenciation de deux espèces, résulte d'un grand nombre de mutations indépendantes, successivement accumulées dans l'espèce originale, puis,toujours au hasard, recombinées grâce au "flux génétique" promu par la sexualité.>> p.139  <<Hypothèse [de Lamarck] aujourd'hui inacceptable, bien entendu, mais on voit que la pure sélection, opérant sur les éléments du comportement, aboutit au résultat que Lamarck voulait expliquer : le couplage étroit des adaptations anatomiques et des performances spécifiques.>> p.143

Lamarck a écrit : << Ne sait-on pas, d'ailleurs, que le mot de hasard n'exprime que notre ignorance des causes.>> (Syst.Anal. p.59)

Mais, le "hasard" de J.Monod ne serait-il pas identifiable à la "vie", comme la définit Lamarck ? : << La vie dans un corps est assurément une véritable puissance qui donne lieu à des phénomènes nombreux. Cette puissance n'a ni but ni intention, ne peut faire que ce qu'elle fait et n'est elle-même qu'un ensemble de causes agissantes, et non un être particulier.>> Syst.Ana. p.38

Dans le cas de l’organisme humain, ces causes agissantes sont toujours nombreuses.

 

De B.Rensch : << Until quite recently some authors favored the assumption of hereditary transmission of characters acquired during an individual life, i.e. the hypothesis of somatic induction. The often astonishing similarity of modification and mutation explains why Lamarckian ideas are still sometimes held.>> p.187 (texte original en allemand)

2e trad. (6) p.187 Encore récemment, quelques auteurs soutiennent l'hypothèse de la transmission héréditaire de caractères acquis durant une vie individuelle c'est-à-dire l'hypothèse de "l'induction somatique". La similitude, fréquemment étonnante, entre modification et mutation explique pourquoi les idées lamarckiennes sont encore parfois soutenues.

L'auteur néglige la condition : « qui n'a pas atteint le terme de ses développements ». Le second argument, de la similitude, est ambivalent et pourrait aussi bien être opposé au néo-darwinisme.

 

Le cou de la girafe constitue une des nombreuses épines de la couronne de Lamarck. Sur ce point, le texte de Lamarck est comparé à ceux de Darwin et de Wallace dans Théories de l'évolution, Aspects historiques, Presses Pocket, 1990.   

Lamarck : << Relativement aux habitudes, il est curieux d'en observer le produit dans la forme particulière et la taille de la girafe (Camelo pardalis) : on sait que cet animal habite l'intérieur de l'Afrique, et qu'il vit dans des lieux où la terre, presque toujours aride et sans herbage, l'oblige de brouter le feuillage des arbres, et de s'efforcer continuellement d'y atteindre. Il est résulté de cette habitude, soutenue, depuis longtemps, dans tous les individus de sa race, que ses jambes de devant sont devenues plus longues que celles de derrière, et que son col s'est tellement allongé, que la girafe, sans se dresser sur les jambes de derrière, élève sa tête et atteint six mètres de hauteur.>> P.Z.I p.256   

Darwin : << So under nature with the nascent giraffe, the individuals which were the highest browsers and were able during dearths to reach even an inch or two above the others, will often have been preserved ; for they will have roamed over the whole country in search of food.>> p.197

(Trad. (7)  De même, pour la girafe naissante à l'état sauvage, les individus les plus élevés et les plus capables de brouter un pouce ou deux plus haut que les autres, ont souvent pu être préservés en cas de famine; car ils ont dû parcourir tout le pays à la recherche d'aliments. ( Théories de l'évolution, Presse Pocket, 1990, p.109.))

Darwin réintroduit la condition, que Lamarck n'a pas rappelé dans son texte, que l'élongation du cou a dû se produire chez la "nascent giraffe", dans son effort pour atteindre de la nourriture au niveau des adultes. Dans la même famille, l'okapi (okapia johnstoni) a le cou et les jambes beaucoup plus courts que ceux de la girafe, mais il vit dans les forêts humides du Congo plutôt que dans les savanes sèches et il ne s'est pas spécialisé dans la consommation de feuillage d'acacias.

On peut remarquer que l'argument de Lamarck est fondé sur l'observation d'un comportement dans un milieu donné, alors que l'argument de Darwin est seulement hypothétique.

 

A.R.Wallace : << La girafe n'a pas acquis son long cou en l'étendant constamment dans le but d'atteindre les branches des arbres les plus élevés, mais simplement parce que toute variété douée d'un cou exceptionnellemnt long, a pu trouver un supplément de nourriture au-dessus des branches mangées par ses compagnes, et leur survivre en temps de disette.>>

L'argument implique la répétition d'un grand nombre de disettes avec l'apparition concomitante d'une variété au cou un peu plus long que celui de la variété apparue avant la disette précédente, et, comme dit J.Monod, << toujours au hasard >>.

 

De R.Martin (1995) :

<< Étant donné que le cerveau est un organe utile, la sélection privilégiera la plus grande capacité cérébrale permise par les ressources énergétiques de chaque mammifère. C'est l'apport d'énergie de la mère qui limite la taille finale du cerveau de la descendance. Ainsi il existe un lien indirect entre l'ingestion énergétique de la mère et la capacité cérébrale atteinte par sa progéniture à l'âge adulte.>> p.66  << Il semble alors patent que l'un des principaux facteurs de l'évolution humaine a été l'augmentation progressive de la capacité à trouver et à exploiter des ressources alimentaires à grande capacité énergétique.>> p.67

Avec ce dernier argument, R.Martin ne propose-t-il pas "l'emploi de l'organe" comme facteur de l'évolution humaine plutôt que la "sélection" ? J’ai adressé ma remarque à la revue (Pour la Science). Le second paragraphe a été supprimé dans la seconde publication du même article en 1999 !.

 

De C.H.Waddington (1957) : << Most previous discussions of acquired characters and their inheritance have turned around the question whether the environment can provoke the appearance of new hereditary variation of an appropriate (i.e. adaptive) kind. It seems to be the opinion of nearly all recent authors that the lack of conclusive evidence for such effects, and the difficulty of envisaging, even in theory, a mechanism by which they might operate, justify one in completely rejecting this possibility.>> p.176

(Trad. (8)  La plupart des discussions antérieures sur les caractères acquis et leur hérédité ont tourné autour de la question de savoir si l'environnement peut provoquer l'apparition d'une nouvelle variation héréditaire de nature appropriée (c'est-à-dire adaptative).  L'opinion de presque tous les auteurs récents semble être que l'absence de preuve concluante de tels effets, et la difficulté d'envisager, même en théorie, un mécanisme par lequel ces effets pourraient se produire, suffit à justifier le rejet total de cette possibilité.

L'argument de Waddington désigne ce qui semble être la cause la plus probable du rejet des lois de Lamarck : l'ignorance du mécanisme biologique qui relierait la modification d'un organe à l'hérédité.

 

De S.Ohno (1970) : << Mutations being rather rare events, the fixation (homozygosity) of a set of newly acquired hereditary traits can occur only in a very small population in which inbreeding occurs.>> p.57 << Just as mutation is the consequence of a mistake in DNA replication, gene duplication also arises as an infrequent mistake in mitotic as well as meiotic processes.>> p.89

(Trad. (15)  p.57  Les mutations étant des événements plutôt rares, la fixation ("homozygosity") d'un ensemble de caractères héréditaires récemment acquis ne peut se produire que dans une très petite population présentant une consanguinité élevée.  p.89 - De même qu'une mutation est la conséquence d'une erreur dans la réplication de l'ADN, la duplication, peu fréquente, de gènes apparaît comme une erreur des processus de mitose et de meïose.

Cet auteur explique toute l'évolution par la duplication des gènes et bien qu'il ne « succombe pas à l'illusion lamarckienne », il semble bien accepter l'hérédité de caractères acquis. Par contre, il ne donne aucune indication sur le mécanisme qui pourrait relier les erreurs de copie du génome à la modification d'un organe.

 

De M.Delsol (1991) : << Les caractères acquis par un individu au cours de son existence , sous l'effet de ses habitudes, ne peuvent pas se transmettre à sa descendance.>> p.229  L'argument est donné comme partie du << dogme central, un des aspects fondamentaux des idées de la théorie synthétique>>. Il est antagoniste du lamarckisme qui << explique les adaptations par l'hérédité des caractères acquis>> (p.276).

Lamarck constate l'hérédité des caractères acquis, sous condition, mais ne s'en sert pas pour "expliquer les adaptations".

M.Delsol << On sait que dans la première théorie explicative de l'évolution, celle de Lamarck, il fut admis que le milieu agissait directement sur les êtres vivants : ainsi dans un milieu déterminé, l'être vivant prenait des habitudes qui entraînaient des modifications de son organisme.>> p.395

Ici, l'emploi de "directement" prête à confusion. Le milieu agit effectivement sur les êtres vivants, mais c'est le jeune être vivant qui, pour survivre et s'adapter, prend des habitudes qui, elles, agissent directement sur ses organes.

M.Delsol << Lamarck avait, en somme rêvé d'un mécanisme, c'est-à-dire d'un corpus de lois qui explique le passage d'un caractère acquis dans l'hérédité et donc dans l'évolution, mais ce corpus de lois tant espéré n'existe pas.>> p.395  Lamarck a montré qu’il n’était pas un « rêveur ». Ce "mécanisme » biochimique n'ayant pas été correctement étudié, il n'est pas prouvé qu'il n'existe aucun "mécanisme de passage". Voir Wintrebert.

M.Delsol << Lorsque dans une vaste synthèse Lamarck reconnut pour la première fois de façon claire le phénomène de l'évolution, il imagina aussitôt une théorie explicative, à savoir la théorie de l'hérédité des caractères acquis.>> p.796   Lamarck a donné des lois [formule générale énonçant une corrélation entre des phénomènes physiques, et vérifiées par l'expérience, (Robert)] fondées sur ses observations : << Ce sont là deux vérités constantes qui ne peuvent être méconnues que de ceux qui n'ont jamais observé ni suivi la nature dans ses opérations, ...>> P.Z.I p.235

Le mot évolution ne figure pas dans son oeuvre (Y.Delange p.201). À ce mot, déjà utilisé de son temps en Sciences naturelles, Lamarck préfère celui de progression ; mais il connaît les mutations.

Il utilise le mot théorie, pour présenter son oeuvre, dans l'Avertissement de l'Histoire naturelle des animaux sans vertèbres (HN.) : << Ici, en effet, l'on trouve sur la source de l'existence, de la manière d'être, des facultés, des variations et des phénomènes d'organisation des différents animaux, une théorie véritablement générale, partout liée dans ses parties, toujours conséquente dans ses principes, et applicable à tous les cas connus.>> p.2

Théorie semble, ici, plus près du sens ancien : << ensemble des connaissances qui concernent un domaine>> que du sens actuellement le plus répandu : construction intellectuelle de caractère hypothétique.

 

Adhésion et soutiens

 

A.Koestler (1965) soutient que Darwin << n'est à l'origine ni de l'idée ni de la querelle de l'évolution, et dans sa jeunesse il le savait parfaitement.>> << Que Darwin ait trouvé ses idées indépendamment, ce n'est sans doute pas à prendre au pied de la lettre : ses carnets montrent en effet qu'il avait certainement lu Lamarck, le plus grand de ses précurseurs, ainsi que plusieurs autres livres sur l'évolution avant d'en arriver à formuler sa théorie. Dans ses carnets intimes, Darwin rendait hommage à Lamarck, source d'inspiration, "doué du génie prophétique de la science, don supérieur d'un génie sublime". Plus tard, il traita l'œuvre de Lamarck de "véritable fatras", ayant fait "beaucoup de mal", et affirma qu'il n'avait tiré de Lamarck "ni un fait ni une idée".>>

Dans sa traduction de the Origin of species parue en France (1882), Clémence Royer indique :

<< Darwin a posé des principes qui n'étaient eux-mêmes qu'une forme nouvelle, plus précise et plus complète, des principes formulés par Lamarck ».

On peut en trouver de nombreux exemples dans l'Origine des espèces :

- : << Changed habits produce an inherited effect, as in the period of the flowering of plants when transported from one climate to another. With animals the increased use or disuse of parts has had a more marked influence;>> p.9

(Trad. (9) p.9  Les changements d'habitudes produisent un effet héréditaire tel que la période de floraison de plantes transportées d'un climat sous un autre. Parmi les animaux, l'emploi fréquent ou le défaut d'usage de parties ont eu une influence encore plus marquée.

Dans ce seul paragraphe, le fond des deux lois de Lamarck est entériné, sans condition.

 

- << Habit in producing constitutional pecularities, and use in strengthening and disuse in weakening and diminishing organs, appear in many cases to have been potent in their effects. Changes of structure at an early age may affect parts subsequently developed ; and many cases of correlated variation, the nature of which we are unable to understand, undoubtedly occur.>> p.147 (Trad. C.Royer p.179 (10)  p.147  Les habitudes, en produisant des différences de constitution, le fréquent exercice des organes, en leur donnant plus de force ou leur défaut d'exercice, en les affaiblissant, semble avoir eu des effets beaucoup plus puissants. Des changements dans le jeune âge peuvent affecter le même organe ou l'organe correspondant pendant les phases suivantes de son développement; et il existe beaucoup d'autres cas de variations corrélatives dont nous sommes encore absolument incapables de comprendre la nature.

Les "changements dans le jeune âge" semblent être un fait d'observation si courante que Darwin, comme Lamarck et Le Dantec, n'éprouvent pas le besoin de le démontrer. Darwin ignore la nature d'un "mécanisme de passage" mais il n'en met pas l'existence en doute.

 

- << I have now recapitulated the facts and considerations which have thoroughly convinced me that species have been modified, during a long course of descent. This has been effected chiefly through the natural selection of numerous successive, slight, favorable variations ; aided in an important manner by the inherited effects of the use and disuse of parts;>> p.465

(Trad. C.Royer p.496 (11)  p.465  Je viens de récapituler les faits et les considérations qui m'ont profondément convaincu que, pendant une longue suite de générations, les espèces se sont modifiées principalement par la sélection naturelle de nombreuses variations successives légères, mais utiles ;  favorisées, pour une part importante, par les effets héréditaires de l'usage ou du non exercice des organes;)

Darwin fait la distinction entre la sélection des variations favorables et les effets hérités de l'usage ou du non-usage d'organes. Mais il ne donne aucune indication sur l'origine de ces variations, laissant ouverte la possiblité qu'elles soient elles-mêmes dues à l'usage ou au non-usage d'organes.

 

- << But if variations useful to any organic being ever do occur, assuredly individuals thus characterized will have the best chance of being preserved in the struggle for life ; and from the strong principle of inheritance, these will tend to produce offspring similarly characterized. This principle of preservation, or the survival of the fittest, I have called natural selection.>> p.115

(Trad. C.Royer p.139 (12) p.115  Mais si des variations utiles aux êtres vivants eux-mêmes se produisent parfois, assurément les individus chez lesquels elles se manifestent, ont les plus grandes chances d'être épargnés dans la guerre qui résulte de la concurrence vitale; et, en vertu du puissant principe d'hérédité, il y aura chez eux une tendance prononcée à léguer ces mêmes caractères accidentels à leur prospérité.  Cette loi de conservation, ou de survivance du plus apte, je l'ai nommée sélection naturelle. )

Plutôt que la désignation "natural selection", les biologistes aurait dû retenir de Darwin la loi du "survival of the fittest in the struggle for life". Dans cet extrait, il n'y a, apparemment, pas de différence théorique ou pratique entre ce "strong principle of inheritance" et la "génération" de la loi de Lamarck.

 

- << Under free nature we have no standard of comparison by which to judge of the effect of long-continued use or disuse, for we know not the parent-forms; but many animals possess structures which can be best explained by the effects of disuse.>> p.121

(Trad. C.Royer p.146 (13)  p.121  À l'état de liberté naturelle, nous n'avons aucun point de comparaison d'après lequel nous puissions juger de l'effet produit par un constant exercice ou une longue inactivité, car nous ne connaissons pas les formes-mères. Mais beaucoup d'animaux présentent une structure qui ne peut s'expliquer que par l'atrophie successive de certains organes.)

Il a été observé sur plusieurs espèces, que la domestication entraîne une réduction importante du poids du cerveau qui n'est pourtant pas un caractère visible et peut difficilement être utilisé comme critère de sélection par les éleveurs.

 

Darwin n'est pas seul à apporter, dans son texte, son soutien aux principes de Lamarck ; quelques auteurs ont argumenté dans le même sens.

De P.P. Grassé (1973) : << L'évolution exige l'acquisition, au cours des temps, au fur et à mesure que les organismes se compliquent, de nouveautés dont l'information s'insère dans les brins d'ADN sous la forme de nouveaux gènes. (p.400)   Si l'évolution se fait sans acquisition de gènes nouveaux, il faut admettre que le premier vivant contenait en lui suffisamment de gènes pour engendrer par mutation de ceux-ci les flores et les faunes passées, présentes et futures. Ce qui est absurde.>> (p.401)

 

De J.Piaget (1956) : << Nous avons toujours pensé personnellement qu'il est impossible d'expliquer les conduites sensori-motrices innées sans cette hypothèse de l'hérédité de l'acquis. Cela est vraisemblable en particulier des reflexes (absolus) qui sont au point de départ des réactions sensori-motrices les plus importantes de la première année y compris l'intelligence sensori-motrice elle-même.>> p.156.

 

Ernst Mayr (1982), qui est plutôt darwinien, reconnaît certains mérites à Lamarck et dénonce les mauvaises interprétations de ses textes : << Hasty readers of Lamarck's work have almost consistently, ascribed to Lamarck a theory of volition. In part the misunderstanding was caused by the mistranslation of the wordbesoin into "want" instead of "need" and a neglect of Lamarck's carefully developed chain of causation from needs to efforts to physiological excitations to the stimulation of growth to the production of structures.>> p.357

(Trad. (14) p.357  Les lecteurs pressés de l'oeuvre de Lamarck ont, presque tous, attribué à Lamarck une théorie de la volonté. L'erreur a été causée, en partie, par la mauvaise traduction du mot "besoin" par "want" (désir pour quelque chose) au lieu de"need" (manque ou nécessité) et de l'oubli de l'enchaînement de causes, que Lamarck a soigneusement développé, depuis les besoins par les efforts, les excitations physiologiques, la stimulation de la croissance, jusqu'à la production de structures.

L'enchaînement de Lamarck cité ici, s'arrête avant la transmission aux générations suivantes.

 

Le lamarckisme chimique

F.Le Dantec (1912) a proposé un passage par le "protoplasme" :

<< La déformation d'ensemble [ d'un organisme] retentit sur l'état protoplasmique et lui impose une variation. p.202  A partir de ce moment, l'état protoplasmique qui construit la forme d'ensemble modifiée est lui-même construit naturellement et sans intervention extérieure, par le nouvel état moléculaire constituant le nouveau patrimoine chimique de l'individu. Alors, le caractère nouveau est acquis pour toujours.>> p.203

A notre époque, Le Dantec aurait probablement pu écrire << et lui impose une mutation.>>

 

Paul Wintrebert (1962) embryologiste, convaincu par ses observations que : <<Le vivant ne lègue pas ce qu'il reçoit, mais ce qu'il fait lui-même.>> (p.15), a aussi proposé un mécanisme qui relierait les changements d'un organe et les gènes correspondants. Il a baptisé sa théorie "lamarckisme chimique". Il a même proposé un programme de recherches :

<< Il ne fait pas de doute, qu'à la condition de placer expérimentalement les vivants en pleine nature, en permettant aux organismes d'opérer eux-mêmes une adaptation préalable, en décelant par la biochimie la présence d'une hormone adaptative, en constatant ensuite par la cytologie, l'apparition d'un nouveau gène, on devrait parvenir à démontrer, non seulement l'hérédité du caractère acquis, mais le mécanisme chimique de son acquisition.>> p.16

Mort centenaire, en 1966, Wintrebert n'a pas eu le temps de faire lui-même ces recherches. D’ailleurs, étant en opposition avec les théories dominantes, il n'aurait probablement pas obtenu les crédits nécessaires.

 

Conclusion

Lamarck ne se faisait pas d’illusion sur l’avenir de ses conclusions : << Comme cet ouvrage [Philosophie zoologique] semble ne devoir intéresser qu'une seule classe de lecteurs, celle même dont il tend à modifier les opinions, ce qu'il peut offrir qui soit vraiment digne d'être considéré restera peut-être longtemps peu connu. »

À relire les textes originaux de Lamarck on ne comprend pas, chez les scientifiques français, le triomphe du darwinisme qui soutient les mêmes principes, l'opposition de l'Université, l'animosité qui est généralement suscitée par le terme de "lamarckisme", même si ce dernier a été associé à l'affaire Lyssenko et à la permanente querelle de l'inné et de l'acquis. Lamarck n’en est pas coupable.

Quel que soit l'apprentissage, il est certain que le résultat est en rapport direct avec la fréquence, l'intensité et la durée des exercices. De plus, il est généralement recommandé que l'individu commence jeune son apprentissage. Tout ceci est conforme au contenu de la première loi de Lamarck, largement appliquée dans de nombreuses disciplines scolaires, artistiques et sportives. Si un individu possède un caractère en commun avec ses deux parents, même le plus souvent avec un seulement, il en est déduit immédiatement que ce caractère est héréditaire. Le contenu de la deuxième loi, communément assimilé aujourd'hui, est également incontesté.

Ces deux lois du "transformisme" naturel, soigneusement rédigées par Lamarck et maintenant bicentenaires, apparaissent valides par rapport aux observations actuelles. Personne, à ce jour, n'a démontré qu'elles étaient fausses et pour cause.  Ce que n'a pas dit Lamarck et qui paraît toujours ignoré, c'est par quel(s) processus le surdéveloppement ou l'atrophie d'un organe au cours de l'ontogenèse, s'inscrit dans le génome de l'individu. Compte tenu des connaissances génétiques de son temps, Lamarck en est bien excusable. Mais il peut être reproché aux générations successives de biologistes qui, depuis deux siècles, ont étudié ce domaine, de ne pas avoir tenu compte avec exactitude des lois de Lamarck. Les thèses de Le Dantec et de Wintrebert n'ont été suivies, semble-t-il, d'aucune recherche, publique ou privée.

<< Les efforts conjugués de la paléontologie et de la biologie moléculaire, celle-ci débarrassée de ses dogmes, devraient aboutir à la découverte du mécanisme exact de l'évolution, sans peut-être nous révéler les causes de l'orientation des lignées, de la finalité des structures, des fonctions, des cycles vitaux. Il est possible que dans ce domaine, la biologie, impuissante, cède la parole à la métaphysique.>> P.P.Grassé, p.401

Apparemment, les dogmes sont encore solidement présents.

Le minimum qui pourrait être fait, par respect pour la mémoire d'un grand esprit français, serait que le Ministère de l'Education Nationale impose dans les lycées, les universités et autres établissements d'enseignement supérieur, un résumé fidèle de son oeuvre et une définition correcte du mot "lamarckisme" et que tous les auteurs français, chercheurs ou non, s'ils y font allusion dans leurs publications, respectent cette unique version officielle.

 

Depuis qu'il a été posé, le grand postulat lamarckien n'a cessé d'émerger et d'être enseveli tour à tour. La vie et l'oeuvre de Lamarck situent l'un de ces instants parmi les plus grandioses au cours de l'histoire de la culture des hommes, que seules l'ignorance et l'ingratitude conduisent très injustement à oublier. Car occuper ainsi la pensée, entraîner des passions aussi intenses chez les philosophes et parmi ceux qui édifient la science, deux siècles durant à travers le monde et sans aucun doute pour longtemps encore, situe la puissance exceptionnelle de la pensée de Lamarck.    Y.Delange

 

 

Références.

 

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