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Cornélie CROQUETTE

Heureux comme Emile

 

Heureux comme Emile, chaque écolier le voudrait ! Pas de parent, pas d’éducateur, (seulement un gouverneur qui ne doit surtout rien entreprendre ) pas d’école, seulement une éducation négative, quel bonheur. ! De quoi s’agit-il ? Apprendre en négatif cela peut surprendre, il y a de quoi . Consultons JJ. Rousseau sur ce point, puisque c’est lui le champion de l’éducation négative., encore faut-il savoir de quoi il parle. « La première éducation doit être négative. Elle consiste, non point à enseigner la vertu ou la vérité, mais à garantir le cœur du vice et l’esprit de l’erreur ». Pourquoi ? c’est que : « Tout est bien sortant des mains de l’auteur des choses ; tout dégénère entre les mains de l’homme ». Nous voilà prévenus.

Son ouvrage : « Emile ou de l’éducation » paru en 1762, et qui lui valut de réelles poursuites, (mais surtout pour la Profession de foi du Vicaire savoyard ) n’est pas un traité d’éducation que l’on pourrait suivre à la lettre, il le dit lui-même : « ce ne sont peut-être que les délires d’un fiévreux » lorsqu’il écrit au Prince de Wurtemberg, le 10 novembre 1763. Passées la petite enfance et la première éducation importante qui revient à la mère, jointe à celle de la nature qui apprend l’endurance et à celle des choses qui lui donnera l’expérience ; il conviendra ensuite d’en faire un homme, puis un citoyen.

« Cette éducation nous vient de la nature, ou des hommes, ou des choses . Le développement interne de nos facultés et de nos organes, est l’éducation de la nature : l’usage qu’on nous apprend à faire de ce développement est l’éducation des hommes ; et l’acquis de notre propre expérience sur les objets qui nous affectent est l’éducation des choses ».

La partie la plus essentielle de l’éducation d’un enfant, continue-t-il, est de lui faire connaître sa condition, sa faiblesse et sa dépendance. Mais Rousseau s’est donné un élève imaginaire et a décidé de le conduire du moment de sa naissance jusqu’à celui où « devenu homme fait, il n’aura plus besoin d’autre guide que lui-même ».

Le vrai mérite de Rousseau dans ce difficile domaine de l’éducation est d’avoir donné place et existence à l’enfant, bien plus d’avoir prôné comme but de cette éducation de le rendre « heureux ». Heureux comme Emile ! Heureux, oui mais dans quelle société ? C’est là que s’ouvre la politique prônée par Rousseau, il s’agit d’un Etat de droit, de justice où l’homme pourra exercer toute sa liberté, sans laquelle il ne peut subsister en tant qu’homme.

L’enfant va apprendre à exercer cette liberté, dans un climat de confiance et non de rivalité, il ne connaît pas la compétition, ni la vanité. Ce qu’il append, il l’apprend par expérience personnelle , réalisée dans l’innocence sans souci de l’opinion qu’on pourrait en avoir, l’enfant n’a pas (encore) d’amour-propre parce que ce sentiment naît dans la société et de la société.

Si Rousseau analyse l’éducation de l’enfant, âge par âge avec beaucoup de complaisance, c’est qu’il le présente à l’état de nature et la nature respecte l’évolution lente et progressive qu’il s’agisse de l’homme ou du végétal et Rousseau ne déroge pas à la règle. IL semble même s’y attarder ce qui peut agaçer le lecteur. De là il progresse pour parvenir à la puberté qu’il appelle une seconde naissance, pour en souligner l’importance. L’enfant devient homme. Il est temps qu’il rencontre la femme qui lui convient. Celle-ci est élevée pour plaire à l’homme certes, mais Rousseau quoique mysogine , lui réserve un rôle essentiel : celui de faire entrer Emile dans le monde social c’est à dire d’en faire un citoyen. Ainsi Emile n’est pas un traité d’éducation ordinaire, s’il en est un , ce ne peut être qu’un traité d’éducation politique. « Emile, homme par éducation, apprendra à devenir citoyen, pour s’accomplir comme homme » Les intérêts privés peuvent se trouver en contradiction avec l’intérêt général. Faire un citoyen signifie altérer l’homme naturel, car Il lui faut apprendre la valeur de l’homme civil dans son rapport avec le corps social.

Ces considérations posées, la lecture d’Emile n’est plus la même, l’objectif est tout autre et le lecteur ne peut s’en écarter sous peine de contresens. Pour une lectrice, l’effet de l’attitude mysogine qui avait été adoptée au début, s’efface quelque peu devant l’importance du rôle affecté à la mère en premier lieu, puis à la femme. Emile ne peut se réaliser pleinement dans la vie sociale sans l’introduction que lui procure la femme qui lui convient, Sophie, et qu’il retient dans un contrat de fidélité. L’homme sans la femme, serait « frustré » et empéché de se réaliser complétement dans la société. Et alors, il peut être « heureux » .


rousseau qu'est-ce que grandir

JJ. Rousseau,
OC La Pleiade,
t IV, L’ Emile .


 



Qu'est-ce que les lumières ?

Qu'est ce que grandir ?

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